Presque tout le monde a déjà entendu parler du syndrome du voisin gonflable. Nous sommes un « voisin gonflable » lorsque nous avons tendance à toujours vouloir pareil ou mieux que ce que l’autre vient d’acheter. Ce qui nous pousse parfois à toujours vouloir la plus belle voiture, le plus beau gazon, la plus grande télévision du quartier. C’est en quelque sorte une forme de challenge malsain qui s’installe chez certains d’entre nous et qui tend à faciliter le travail des maisons de crédit.

Lors des dernières années, ce voisin qui peut avoir un impact désastreux dans votre vie, s’est multiplié par 2 000 000 000 et s’est invité au cœur de nos foyers par le biais de nos petits écrans noirs connectés. La personne qui vous challengeait à l’époque et qui testait vos capacités de résistance à la tentation vous prend maintenant d’assaut de façon permanente. Les nouvelles voitures de vos amis ou plutôt… de vos amis virtuels sur Facebook, les physiques d’Apollon de vos modèles sur Instagram, les photos de ceux qui semblent voyager toute l’année dans les plus beaux coins de la planète et qui semblent vivre de l’argent qui tombe du ciel, ceux qui mangent de façon parfaite 100 % du temps, sans oublier ceux qui gagent des millions facilement de la maison, sans réellement travailler et en ayant du fun 24/7…

Tous ces phénomènes font qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de facilité à nous perdre et à confondre ce que nous sommes avec ce que nous pensons devoir être. Le but ici n’est pas de diaboliser les réseaux sociaux qui ont selon moi des côtés très positifs. Pour une personne qui déménage à 6 500 km, ces outils peuvent présenter des avantages précieux pour rester en contact avec des êtres chers, pour faire connaitre des produits et services, pour se tenir au courant des événements intéressants à venir, ou faire parti de groupes d’échanges sur un sujet qui nous plait.

La chose à faire selon moi est de rester rationnel (ce qui n’est pas facile) et de se poser les bonnes questions face aux images qui inondent nos écrans : Les démarchent de ceux qui les postent sont-elles honnêtes? Veulent-ils me vendre un rêve? Ces images correspondent-elles vraiment à ce que les gens qui les postent font? Est-ce que ces gens sont réellement heureux, ou vivent-ils une vie de substitution sur les réseaux sociaux? Est-ce une forme d’idéalisme chronique? Il est important de développer de bons réflexes face à la popularité de ces médias.

  • La compétition

De nos jours, il est facile de constater que nous vivons dans une compétition constante et la plupart du temps malsaine. Ne vous est-il jamais arrivé de maudire un ami virtuel en voyant ses photos parfaites, d’activités parfaites avec ses enfants parfaits, de sa silhouette de rêve prise lors de ses vacances dans un lieu paradisiaque, ou encore de la magnifique nouvelle voiture dans laquelle il vient de mettre une fortune?

Maintenant posez-vous une question. Pour une grosse partie d’entre nous, nous voulons toujours nous montrer sous notre meilleur jour. Il est rare que sur une série de 10 photos en rafale, on choisisse la plus moche comme photo de profil. Combien d’entre nous aiment poster des photos d’eux-mêmes avec une coiffure complètement ratée, devant la cuisine qui a 30 ans cette année et qui a besoin d’être changée, de la tarte qui vient de brûler dans le four et qui était si belle sur Pinterest, de la voiture rouillée qui a un trou tous les 20 centimètres dans la carrosserie, de la bagarre d’une demi-heure qui vient d’avoir lieu le vendredi soir dans la salle de bain avec les enfants, car ils sont épuisés et vous aussi. Pensez-vous réellement que le fait d’être toujours plus fort ou de posséder plus que le voisin vous rendra plus heureux?

  • L’interprétation

Il existe également un épais filtre imaginaire placé exactement entre nos yeux et notre écran, son rôle est de tronquer notre interprétation d’une image dont nous ne connaissons pas les détails. Par exemple, en voyant la photo d’un contact sur laquelle il est encore en train de faire de la musculation ou de la course à pied, le récepteur de l’image peut penser : « il éprouve encore le besoin de nous montrer que son mode de vie et son niveau d’activité est meilleur que le nôtre. De toute façon, on finit toujours de la même façon! ». Alors qu’en réalité, lorsqu’il postait cette photo il allait juste se défouler pour oublier pendant quelques minutes que sa vie est un enfer et qu’il est mal dans sa peau. Peut-être que vous allez ruminer devant la photo provocatrice d’une amie en la jugeant alors que la seule chose qu’elle essaye de provoquer réellement c’est votre attention, car elle se sent terriblement seule et ignorée au quotidien. Cette photo que vous voyez sur Facebook correspond au physique idéal que vous désirez, mais êtes-vous capable de voir que derrière cette photo se cache une vie dédiée au fitness, d’innombrables entraînements, une rigueur alimentaire au delà de ce que vous imaginez, un gros investissement financier et des choix difficiles qui auront un impact sur votre vie de tous les jours.

Même si certaines personnes aiment se mettre en avant, nous sommes les seuls responsables de nos réactions face à ces photos.

  • Le centre d’attention

Il arrive que parfois, selon notre interprétation, notre esprit de compétition, notre sentiment de culpabilité, notre incapacité à voir à travers le filtre, que nous prenions un post de façon personnelle, comme si le post nous était dédié. Il est important de garder à l’esprit que des milliards de personnes sont présentes sur les réseaux sociaux et que parfois, nous sommes tellement centrés sur notre personne, dans une cause qui nous tient à coeur que nous avons tendance à nous sentir visés et à réagir fortement à un post, alors qu’en réalité ce post ne nous visait pas personnellement. Après tout, les gens ont le droit de donner leur opinion et si c’est fait de façon provocatrice, pourquoi rentrer dans leur jeu? C’est une perte d’énergie et de temps!

En conclusion, nous trouvons qu’il est important de toujours tout remettre en perspective. Ce n’est pas le fait de montrer que l’on a toujours plus qui nous rend heureux au quotidien, mais surtout de savourer de ce que l’on a sous la main. Ce n’est pas le fait de montrer que vos enfants sont parfaits qui importe, mais de leur donner le meilleur en appréciant chaque petite chose qu’ils vous apportent, toutes leurs petites différences et de passer du temps avec eux en étant réellement avec eux. Ce n’est pas le fait de faire ce que vous voulez que les autres vous voient faire qui va vous rendre heureux, mais le fait de faire ce que vous aimez. Savourez un bon plat et partagez-le avec un ami avant de le partager sur les réseaux sociaux. Pensez a éteindre vos écrans et à méditer de temps en temps pour reconnecter avec vous même. Apprenez à savourer le moment présent.

Article coécrit par Mélissa Lemay et Rémy Cano.